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Tous les jours 11h>19h – Gratuit –  Infos pratiques 

Une fenêtre contre le temps

28 mai — 6 septembre 2026

Exposition collective
Commissariat Claire Luna

Au fil des pratiques que je rencontre à la Drawing Factory II, un déplacement s’opère. Les œuvres ne se donnent pas dans un rapport frontal au monde, à ses conflits, à ses urgences. Elles semblent se tenir à distance des bruits du monde — non pas dans une forme d’indifférence, mais depuis un autre régime d’attention. Ce qui apparaît, ce sont des recherches formelles, des économies de moyens, des gestes parfois discrets, d’autres plus agités, mais qui refusent pour la plupart l’injonction à produire un discours explicite. Ce calme, loin d’être une absence, devient une position, peut-être même une condition.

Refus de la saturation, du spectaculaire, de l’immédiateté. À la place, des formes qui n’attaquent pas, mais qui tiennent, qui ouvrent des zones d’échanges à plus ou moins basse fréquence. Certaines pratiques, plus directement engagées, ne contredisent pas cet état — elles le traversent autrement. Elles rappellent que se tenir à distance des bruits du monde ne signifie pas s’en extraire totalement, mais inventer d’autres manières d’y prendre part, sans reconduire ses régimes de violence ou d’épuisement.

Ici, le dessin est envisagé dans son sens élargi — non comme une catégorie à définir ou à discuter, mais comme une donnée, une ligne de départ, une coordonnée commune. Qu’il soit central ou non dans les pratiques, qu’il prenne la forme d’un trait, d’un film, d’un espace ou d’un geste, il informe les œuvres de manière directe ou indirecte, dans une acception élargie que l’on pourrait rapprocher de celle formulée par Rosalind Krauss à propos de la sculpture.

Ce déplacement fait écho au contexte même de la résidence. Pendant six mois, dans le cadre de leur résidence à la Drawing Factory, les artistes ont partagé un immeuble au 61 rue de Richelieu. Ils y ont travaillé, mais aussi cohabité, traversé des espaces communs, occupé des temporalités multiples. Résider ne désigne pas seulement une condition de production, mais une manière d’être là, ensemble. Les expériences ont été diverses — parfois solitaires, parfois poreuses — mais persistait la conscience de l’autre, de l’autre côté du mur.

L’exposition prolonge cette expérience et opère un déménagement partiel. Les œuvres habitent désormais le Drawing Hotel pour une durée de trois mois, en y choisissant leur place : le lobby, le patio, la terrasse, la librairie, le café, les circulations, et le sous-sol, qui reprend son statut, notamment en accueillant une salle de fermentation. Un journal intime se déploie et se partage dans le lobby. Des gestes apparaissent, parfois fugitifs — un pain confectionné et servi de manière aléatoire, une chambre habitée ponctuellement. Autant de formes qui déplacent les usages et troublent les seuils entre espaces publics et intimes.

Ce déménagement ne produit pas un refuge. Il permet d’ouvrir des conditions respirables.


Claire Luna

Commissaire de l'exposition

 

La commissaire

CRÉDIT @Michaël Huard

Portrait de Claire Luna © Michaël Huard

Claire Luna

Historienne de l’art de formation (Sorbonne Paris IV & PUCP du Pérou), Claire Luna est critique d’art et curatrice indépendante. Elle a collaboré avec de nombreuses institutions et structures artistiques, tant en France qu’à l’international, parmi lesquelles le Lieu Unique, le Palais de Tokyo, la Fondation Pernod Ricard, Paris Photo, la Cité internationale des arts, la Maison de l’Amérique latine, ainsi que plusieurs centres d’art en Amérique latine et aux États-Unis, comme le Museo del Barrio (NYC) ou le Museo de Arte Contemporáneo de Guayaquil.

Son approche décentrée et décoloniale s’ancre dans des années de recherche et de vie en Amérique dite latine et aux États-Unis. Outre son intérêt pour les scènes non occidentales et les figures oubliées de l’histoire, elle s’intéresse aux dynamiques de déplacement – des regards comme des corps –, et explore les notions d’errance et de dérive. Depuis 2020, elle approfondit ses recherches sur l’eau en tant que matière politique et poétique, en réfléchissant particulièrement à l’infiltration comme stratégie de résistance ainsi qu’aux notions d’iléitié, d’« espace entre » (in-betweenness) et de liminalité.

Lauréate du Prix du prix AICA France de la critique d’art 2025, Claire Luna siège au conseil d’administration de CEA, fait partie du collectif JCA, de l’AICA ainsi que du bureau des curateur·ices de POUSH. Co-fondatrice de L’Écho du vivant au CAC La Traverse, elle est également membre de RADICANTS, la coopérative curatoriale fondée par Nicolas Bourriaud. Elle a enseigné la théorie de l’art à l’Université Paris 8 et enseigne actuellement la critique d’art à l’IESA et le commissariat à la Sorbonne Nouvelle.

La Drawing Factory II

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La Drawing Factory II, une résidence d’artistes dédiée au dessin au cœur de Paris.

Initiée par la Drawing Society, en collaboration avec le Centre national des arts plastiques (Cnap) et en partenariat avec SOFERIM, cette résidence installée dans le 2ème arrondissement, au 61 rue de Richelieu, constitue un espace unique de recherche et de création dédié au dessin contemporain. Elle a accueilli 33 artistes français et internationaux dans un cadre propice à la transmission.

Déployée sur 1 500 m², elle réunit 32 ateliers, espaces partagés et lieux de rencontre favorisant les échanges et les pratiques collectives.

À la suite d’un appel à candidatures organisé en octobre 2025, les artistes sélectionnés ont intégré les ateliers en novembre 2025 et sont restés en résidence jusqu’au 30 avril 2026.

La sélection a été confiée à un comité réunissant Simon André-Deconchat, Marianne Dollo, Christine Phal, Carine Roma, Carine Tissot, Henri Van Melle et Jérôme Zonder.